Reprise après les vacances : simple blues de rentrée ou perte de sens ?

par David Helft | Août 21, 2026 | Article, Logothérapie, Psychothérapie integrative

Le retour de vacances tient parfois en quelques gestes familiers. Un réveil qui sonne plus tôt, des messages qui s’accumulent, un trajet que le corps semble connaître par cœur. La vie que nous avions laissée nous attend exactement au même endroit. Pourtant, nous ne la retrouvons pas tout à fait de la même manière.
Durant quelques jours ou quelques semaines, notre rapport au temps a changé. Les contraintes se sont desserrées, les journées ont retrouvé une certaine souplesse. Nous avons peut-être davantage marché, parlé, dormi ou simplement observé ce qui nous entourait. Même lorsqu’elles ne sont pas parfaites, les vacances créent une rupture dans la continuité du quotidien.
Puis vient le retour, accompagné parfois d’une forme de mélancolie. On parle alors de blues de la rentrée ou de déprime après les vacances. Mais est-ce seulement la fin d’une parenthèse agréable que nous regrettons ? Ou cette difficulté à reprendre révèle-t-elle quelque chose de plus profond ?

Ce que le retour peut révéler

Les vacances ne transforment pas nécessairement notre existence. Elles en modifient temporairement le cadre. En nous éloignant de nos habitudes, elles créent un contraste entre deux manières de vivre.
Ce contraste peut être troublant. Il nous rappelle que nous ne sommes pas uniquement la personne pressée, productive ou disponible que le quotidien exige parfois de nous. Une autre part de nous réapparaît lorsque le temps cesse d’être entièrement occupé : le besoin de créer, de contempler, de nous rapprocher des autres ou simplement de ne rien faire.
Au moment de reprendre, ce n’est donc pas toujours le lieu des vacances que nous regrettons. Ce qui nous manque peut être la personne que nous avions le sentiment d’y redevenir.

Le retour met alors en lumière un éventuel décalage entre la vie que nous menons et celle dans laquelle nous aimerions nous reconnaître davantage. Cet écart ne signifie pas nécessairement que tout doit changer. Mais il mérite parfois d’être entendu.

Un passage naturel ou une question plus profonde ?

Toute transition demande un temps d’adaptation. Passer d’un rythme relativement libre à un emploi du temps structuré mobilise à nouveau notre attention et notre énergie. Il est naturel que ce passage ne se fasse pas instantanément.
Nous pouvons regretter les vacances sans être malheureux dans notre vie. Toute tristesse n’est pas un symptôme et tout inconfort ne nécessite pas d’être immédiatement corrigé. Le blues de la rentrée peut simplement exprimer la difficulté humaine à quitter une expérience agréable. Il s’atténue généralement lorsque les habitudes reprennent leur place et que de nouveaux projets apparaissent.
Mais parfois, les jours passent et le malaise demeure. La fatigue ne se dissipe pas. Le retour au travail semble dépourvu de sens. Une question s’installe : pourquoi est-il devenu si difficile de retrouver sa place dans son propre quotidien ?
La perte de sens ne se manifeste pas toujours par une crise spectaculaire. Elle peut apparaître derrière une vie qui, en apparence, continue de fonctionner. Nous accomplissons ce que nous avons à faire, nous répondons aux demandes, mais nos actions ne semblent plus reliées à une direction intérieure.
Les vacances n’ont pas créé cette sensation. Elles ont peut-être simplement interrompu assez longtemps le bruit du quotidien pour qu’elle devienne perceptible.

Retrouver une direction plutôt que prolonger les vacances

Face au malaise du retour, la première tentation consiste souvent à penser aux prochaines vacances. Cette perspective peut apporter du réconfort, mais elle ne répond pas toujours à la question essentielle. Il ne s’agit peut-être pas de savoir comment échapper plus souvent au quotidien, mais comment y vivre d’une manière qui nous ressemble davantage.
Qu’avons-nous retrouvé pendant cette parenthèse ? Était-ce le repos, la disponibilité, la proximité avec certaines personnes, le contact avec la nature ou la liberté d’organiser notre temps ?
La réponse n’appelle pas forcément une décision radicale. Retrouver du sens ne signifie pas tout quitter. Il peut s’agir de réintroduire dans la vie quotidienne une part de ce qui s’est révélé essentiel : préserver du temps, poser une limite, renouer avec une relation ou redonner une place à un projet longtemps repoussé.
Dans une perspective existentielle, le malaise n’est pas seulement quelque chose dont il faudrait se débarrasser. Il peut contenir une information sur notre manière de vivre, nos aspirations ou ce qui ne trouve plus sa juste place. La question devient alors moins « Comment faire disparaître cette sensation ? » que « Qu’est-elle en train de me montrer ? »
Lorsque le mal-être s’installe et affecte durablement le sommeil, les relations ou la capacité à accomplir les activités quotidiennes, il peut être important d’en parler. Un accompagnement thérapeutique offre alors un espace pour mettre des mots sur ce qui semble confus et mieux comprendre ce que cette période vient questionner.
Reprendre après les vacances ne consiste peut-être pas uniquement à retrouver le rythme laissé quelques semaines plus tôt. Le retour peut aussi devenir l’occasion de regarder sa vie avec une attention renouvelée.
Parfois, le blues de la rentrée n’est qu’un passage. Parfois, il est une invitation à ne plus seulement reprendre sa vie, mais à chercher comment y reprendre pleinement place.